Stefka Kostadinova, légende trop souvent oubliée

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Depuis 1987, le record du monde du saut en hauteur féminin n’a pas bougé d’un poil. Avec 2 mètres 09, Stefka Kostadinova n’a jamais été égalé. Ce 25 mars, l’athlète bulgare fête ses 48 ans. Toujours présente dans le milieu du sport bulgare (vice-ministre des Sports en 2003 et membre du Comité olympique bulgare depuis 2005), elle continue à s’accrocher à son record. Sans faire attention aux nombreuses suspicions quant à sa performance quasi surhumaine.

Le 30 août 1987, Stefka Kostadinova atteint à 22 ans les sommets du saut en hauteur avec un bond à 2,09 m. Une performance qui lui permet de remporter les championnats du monde d’athlétisme de Rome. Pourtant, l’athlétisme n’était pas sa première passion. Née le 25 mars 1965 à Plovdiv, la légende bulgare s’oriente rapidement vers les sports individuels. Comme beaucoup de jeunes filles de l’Est, elle commence par la gymnastique. Scolarisée très tôt dans une sorte de « sport étude » pour les enfants, elle continue avec la natation. C’est seulement à l’âge de 12-13 que Stefka découvre le saut en hauteur. Lors d’une compétition nationale, elle saute une hauteur de 1,66 m. Un record du monde pour sa tranche d’âge ! Cette performance équivaut au record du monde adulte de 1941. La légende est en marche.

 Stefka Kostadinova en plein effort (1993) Crédit photo : © Dimitri Iundt/TempSport/Corbis

Stefka Kostadinova en plein effort (1993)
Crédit photo : © Dimitri Iundt/TempSport/Corbis

Des débuts remarqués chez les seniors

En juillet 1982, la Bulgare saute 1,90 m à Budapest. La jeune sauteuse va effacer son record personnel, le 25 août, en atteignant les 2 m à Sofia ! Une performance de haut vol dans son pays natal. Elle termine 4ème sur toute la saison. Les JO de Los Angeles approchent et Stefka peut prétendre à un podium. Mais la guerre froide fait toujours rage entre le bloc soviétique et le bloc occidental. Après les boycotts des JO de 1976 et 1980, ceux de L.A n’échappent pas à la règle. Au début de l’année 1984, l’URSS annonce sa décision de n’envoyer aucune délégation, pour des raisons de sécurité, selon la version officielle. Le monde entier est conscient que ce sont pour des raisons politiques, mais aussi une réplique au boycott américain, des JO 1980… à Moscou ! Le CIO va bien évidemment tenter de convaincre les pays du bloc soviétique. En vain. La Bulgarie s’aligne sur la décision de l’URSS (contrairement à la Chine par exemple). Stefka doit attendre afin de décrocher sa première médaille olympique.

La mésaventure est vite oubliée. La championne bulgare continue de progresser et bat son propre record chaque année. En 1985, elle atteint la hauteur de 2,06 m. Un an plus tard, elle améliore son record de 2 centimètres. Avec cette barre à 2,08 m à Sofia, elle devient – en ce 31 mai – la recordwoman de la discipline. De plus, les titres commencent à s’accumuler. Elle devient championne d’Europe et du monde en salle en 1985. Cette même année, elle remporte la Coupe du Monde à Canberra en Australie. La Bulgare est au top. Un an plus tard, elle gagne enfin son premier grand titre international en plein air. À Stuttgart, Stefka Kostadinova devient championne d’Europe avec un saut à deux mètres. Tout le monde attend impatiemment le Championnat du monde de 1987 à Rome.

La Bulgare après une énième victoire

La Bulgare après une énième victoire

1987, le record du monde et le titre à Rome

Stefa Kostadinova est la grande favorite de l’épreuve de saut en hauteur chez les femmes, en cette année 1987, à Rome. Quelques mois plus tôt, elle a glané un nouveau titre. À Indianapolis, la Bulgare remporte l’épreuve mondiale indoor. Détentrice du record du monde, elle n’a plus d’adversaires à sa taille. Les anciennes recordwowen – Bykova (Russie) et Andonova (Bulgarie) – ne sont plus en mesure d’inquiéter la reine. Heike Henkel – la future légende de la hauteur allemande — n’est pas encore au niveau du fait de sa jeunesse. Pourtant, lors des qualifications, la championne bulgare ne domine pas la compétition. La barre de qualification pour la finale est fixée à 1,91 mètre. Étonnamment, la favorite ne la passe pas directement. La Bulgare devra attendre son deuxième essai pour se qualifier. Heike Henkel et Louise Ritter font une meilleure impression qu’elle. Le doute n’est pas permis pour Stefka.

La grande finale promet d’être grandiose. Les adversaires de Kostadinova ont les dents qui rayent le tartan romain. Égratignée lors des qualifications, la Bulgare ne fait pas attention à cette pression. En grande championne, elle est déjà concentrée sur son seul objectif : le titre. Selon les dires de l’époque, la presse se fiche quelque peu du concours du saut en hauteur féminin. Comme aujourd’hui, elle est tournée vers le sprint. A l’époque, tout le monde attend le duel Ben Johnson face à Carl Lewis sur 100 m. Une explication toute trouvée au manque de reconnaissance du grand public envers la championne de l’Europe de l’Est. Pour la finale, Stefka a changé son approche amenant plus de vitesse dans sa course. Les athlètes nous offrent un concours complètement différent du jour précédent. La jeune Heinkel ne dépasse pas 1,96 mètre alors que Bykova (tenante du titre) et Kostadinova atteignent 2,04 mètres. Le titre va se jouer entre les deux Soviétiques. Finalement, la première craque à 2,06 mètres. La Bulgare s’envole vers le titre. À la surprise générale – sûrement galvanisée par l’adrénaline —, Stefka Kostadinova demande une barre à 2,09 mètres ! Un exploit est en marche. Au 3e essai, elle passe cette fameuse barre. Un saut retentissant. Les spectateurs présents sont médusés par la performance. Alors que nous sommes en 2014, ce saut est toujours la référence ultime pour toutes les athlètes en saut en hauteur. La presse en parle vaguement, plus subjuguée par le 100 mètres et la polémique autour de Ben Johnson.

Le fameux saut à 2,09 m

Blessure, maternité, déception, renaissance : une fin de carrière mouvementée

Stefka Kostadinova ne retrouvera plus un tel niveau. Néanmoins, elle continue sa moisson de titre. Un an après son titre mondial, la Bulgare réalise une saison parfaite. Elle est championne du monde indoor à Budapest. Avec ce titre en poche, elle arrive comme favorite aux JO de Séoul. Elle n’arrivera pas à dépasser les 2,01 m, alors que trois semaines auparavant, à Sofia, Stefka avait sauté 2,07 m ! Un premier mini séisme dans sa carrière. Le titre revient à l’Américaine Louise Ritter. La nouvelle génération est en place. Kostadinova devra seulement se satisfaire de l’argent. La Bulgare est dépassée. En 1989, elle subit une grave blessure qui la tient éloignée des pistes jusqu’en 1991. À son retour, elle ne fait plus peur. Aux championnats du monde de Tokyo, elle sombre. La détentrice du record du monde ne saute pas plus que 1,93 m et finit seulement 6ème du concours. L’Allemande Heinkel est la nouvelle reine de la hauteur.

En 1992, Kostadinova semble renaître. Tel un phénix, elle aligne les bons sauts durant toute la saison. De bon augure pour les JO de Barcelone. Elle n’arrivera finalement pas à atteindre le podium et finira 4ème. Elle se consolera en gagnant la coupe du monde avec un bon à 2,05 m, établi à Saint-Marin. Un an après, elle prend sa revanche et remporte son quatrième titre de championne du monde en salle à Toronto (Canada) en battant Henkel. Sa carrière est dorénavant en dents de scie, en atteste sa contre-performance aux Mondiaux de Stuttgart. Elle n’atteint même pas la finale ! À 29 ans, la Bulgare a des envies maternelles. Elle prend une pause en 1994. Elle se marie en janvier 1995 avec son entraineur de toujours Nikolai Petrov. Ils ont un fils qui porte le même prénom que son père. Elle revient finalement en 1995 pour les Championnats du monde à Göteborg. Bien que limitée, elle est sacrée championne du monde et surprend tous les observateurs. Un véritable tour de force !

Stefka, une femme comme les autres

Stefka, une femme comme les autres

L’apothéose a lieu à Atlanta, en 1996. C’est sa dernière chance pour remporter un titre olympique. Revenue au haut niveau, elle s’impose avec une barre à 2,05 m. Elle en profite pour établir un nouveau record olympique. Dans le New York Times, Ritter reconnaît le talent et la force de caractère de son adversaire. « Elle est extrêmement forte. Elle n’aime pas perdre. Après sa défaite personnelle à Séoul, je ne suis pas surprise de la voir gagner à Atlanta. » Charles Austin – un ami du couple Petrov /Kostadinova — la compare même à un homme ! « Elle est très confiante. Elle s’approche de la barre d’une manière aussi agressive que les hommes. Je souhaite que ma technique soit aussi solide que la sienne. » Un véritable hommage de la part du champion olympique de la hauteur en 96. En 1997, Stefka décide de mettre un terme à sa carrière. Elle laisse un vide certain dans sa discipline avant l’arrivée de la reine, Blanka Vlašić.

À propos de l'auteur

Charles Chevillard

Co-rédacteur en chef d'Outsider-mag. Spécialiste football féminin. Aime beaucoup écrire. Venu pour prendre la place sur le trône. @CharlesCHT

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